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El blog de Sueños de España

El blog de Sueños de España

Hace muchos años, cuando el idioma castellano entró en mi vida, empecé un maravilloso viaje que nunca acabará... Y tanto me gusta compartirlo con vosotros ! Gracias por seguirme, por participar, por dejar comentarios y leerme, y sobretodo, gracias por el amor y el cariño que les tenéis a nuestra bella España y a las culturas hispánicas.


No llorar / Pas pleurer - Lydie Salvayre - Goncourt 2014

Publié par vero0576 sur 17 Juillet 2017, 12:08pm

No llorar / Pas pleurer - Lydie Salvayre - Goncourt 2014

No llorar es una burbuja de recuerdos en medio del olvido, un pasado que nunca se ha borrado, alegre, dramático y violento plantado aquí, un indefectible testigo que mira sin concesiones una época negra y cruel en la que, como en los grabados de Goya, los buenos y los malos a veces son los mismos y luchan en nombre de ideales que, frente al sufrimiento humano, pierden su sentido y pierden a los que deberían darles sentido.

Se trata del relato de una anciana que en 1936 era une chica, casi una niña todavía, y vio las sombras de la Historia invadir su vida y lo cuenta a través de la pluma de su hija. Estamos en 1936 en España : los movimientos libertarios, exaltados y eufóricos, quieren inventar un mundo mejor y se oponen a la ascensión del franquismo y del stalinismo; se trata de luchar contra toda forma de autoritarismo en una España estancada en las tradiciones. Pero el fascimo vencerá y hundirá a España en una dictadura de casi 40 años.

El discurso indirecto libre le da al relato una vivacidad extraordinaria : la lengua española, la de una mujer desarraigada de su patria, es un corazón palpitante que viene a alimentar esta burbuja, estos recuerdos que Lydie Salvayre quiso "poner a salvo [...] ya que los libros también sirven para eso". Una escritura sincera que cuenta con sencillez, sensibilidad, humor y a veces cinismo, estos acontecimientos, esta memoria, por deber y por amor.

V.RAMOND

Este comentario materno requiere algunas explicaciones. Desde sus primeros trastornos amnésicos, mi madre siente un verdadero placer al pronunciar palabrotas que se ha negado a expresar durante más de setenta años, lo que es un síntoma corriente en estos pacientes, explicó el médico, especialmente en las personas que en su juventud recibieron una educación muy estricta y a las que la enfermedad permitió abrir las puertas blindadas de la censura. No sé si la interpretación del médico será acertada, pero la verdad es que mi madre experimenta un verdadero placer en tratar al tendero de ultramarinos de gilipollas, a sus hijas (Lunita y yo) de beatonas, a su masajista de putilla y en soltar cojones joder y mierda cada vez que se le presenta la oportunidad. Ella que tanto se había empeñado, desde su llegada a Francia, en perder su acento español, en expresarse en un lenguaje pulido y en andar siempre bien ataviada para parecerse lo más posible al modelo francés tal como se lo imaginaba (así que se distinguía como extranjera por su exagerada conformidad), mandaba al carajo en sus años de vejez las pequeñas convenciones de lengua y otras más. Al contrario de doña Pura, la hermana mayor de don Jaime y la tía de Diego que, envejeciendo, las fue reforzando en nombre del Padre del Hijo y del espíritu Santo.

Pas pleurer, Lydie Salvayre, ed.Points 2014, p.66,67-Trad. de cet extrait V.RAMOND

No llorar / Pas pleurer - Lydie Salvayre - Goncourt 2014

Ce commentaire maternel nécessite quelques éclaircissements. Depuis que ma mère souffre de troubles amnésiques, elle éprouve un réel plaisir à prononcer les mots grossiers qu'elle s'est abstenue de formuler pendant plus de soixante-dix ans, manifestation fréquente chez ce type de patients, a expliqué son médecin, notamment chez des personnes qui reçurent dans leur jeunesse une éducation des plus strictes et pour lesquelles la maladie a permis d'ouvrir les portes blindées de la censure. Je ne sais pas si l'interprétation du médecin est exacte, le fait est que ma mère éprouve un réel plaisir à traiter son épicier de connard, ses filles (Lunita et moi) de culs serrés, sa kiné de salope et à proférer son couille putain et merde dès que l'occasion se présente. Elle qui s'était tant évertuée, depuis son arrivée en France, à corriger son accent espagnol, à parler un langage châtié et à soigner sa mise pour être toujours plus conforme à ce qu'elle pensait être le modèle français (se signalant par là même, dans sa trop stricte conformité, comme une étrangère), elle envoie valser dans ses vieux jours les petites conventions, langagières et autres. A l'inverse de doña Pura, soeur aînée de don Jaime et tante de Diego qui, en vieillissant, ne fît que les resserrer, au nom du Père du Fils et du Saint Esprit.

Pas pleurer, Lydie Salvayre, ed.Points 2014, p.66,67

Pas pleurer, c'est une bulle de mémoire au milieu de l'oubli, un passé jamais effacé, joyeux, dramatique et violent, planté là, indéfectible témoin au regard sans concession sur une époque noire de cruauté où, comme dans les gravures de Goya, bons et méchants se confondent parfois -souvent- au nom d'idéaux qui, devant la souffrance humaine, perdent tout sens, et perdent ceux qui leur avaient donné du sens.

C'est le récit d'une vieille femme qui était alors, en 1936, une jeune fille, presque une enfant, qui vit les ombres de l'Histoire avancer sur sa vie, et raconte, à travers la plume de sa fille. On est en 1936, en Espagne: les mouvements libertaires, exaltés et euphoriques, refont le monde et s'opposent à la montée du franquisme, mais aussi du stalinisme; il s'agit de se battre contre toute forme d'autoritarisme, dans une Espagne ancrée, embourbée dans ses traditions. Le fascisme vaincra et plongera l'Espagne dans une dictature de près de quarante ans.

Le discours indirect libre donne au récit une vivacité extraordinaire; la langue espagnole, celle d'une femme comme tant d'autres déracinée, est un coeur qui bat, vient alimenter cette bulle, cette mémoire, que Lydie Salvayre a voulu "mettre en sûreté [...] puisque les livres sont faits, aussi, pour cela". Une écriture vraie, qui raconte avec simplicité, sensibilité, humour, cynisme parfois, ces évènements, cette mémoire, par devoir et par amour.

V.RAMOND

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